"Transmuez votre substance… consumez la merde noire.
Faut pas faire les difficiles sur la corde raide de l’humanité.
Restez dessus, frangins et frangines, et vous tous ici,
réchappés du recensement des sexes,
tapis dans les montagnes d’Interzone."
William Burroughs
Khaled AlJaramani
Né à Soueida, au sud de la Syrie, en 1972. Il a suivi des cours d’oud chez le professeur Fayez Zher Eddine puis s'est inscrit à l'Institut supérieur de musique dans la classe du professeur Askar Ali Akbar. Encore étudiant, il a suivi des ateliers dirigés par Mounir Bachir et Nassir Chama.
Avec l'orchestre symphonique de Damas, il a participé à des concerts au Palais des Congrès de Damas, à l'UNESCO de Beyrouth et avec l'Orchestre de musique arabe, aux festivals de musique de Damas, de Beyrouth et du Caire.
Khaled AlJaramani est actuellement professeur au Conservatoire de musique de Damas et à l'Institut de musique de Homs.
Serge Teyssot-Gay
Né en 1963 à Saint-Étienne. Guitariste du groupe Noir Désir depuis sa formation en 1980, il a également signé deux albums solo, édités chez Barclay : Silence radio en 1996 et On croit qu’on en est sorti, en 2001, sur des textes de l’écrivain Georges Hyvernaud dont l'écriture demeure avec insistance dans notre époque (toujours joué sur scène accompagné de peintures de Paul Bloas).
Avec le guitariste Marc Sens, il a mis en musique un texte de Lydie Salvayre, Contre, créé en juillet 2001 dans le cadre des rencontres de la Chartreuse du Festival d’Avignon, et repris à Mains d'Oeuvres à Saint-Ouen en 2002, puis à Gênes, Bilbao, Damas et Beyrouth. Contreest disponible en livre/CD aux éditions Verticales, collection « Minimales ».
Avec Marc Sens et Jean-Paul Roy (samples et claviers), il a mis en musique Dis pas ça, de Lydie Salvayre, créé en juillet 2004 dans les jardins du musée Calvet en Avignon et repris depuis actuellement dans diverses villes.
2002. Damas. Syrie. Bernard Wallet des Editions Verticales, assiste à un concert solo de Khaled AlJaramani et pense aussitôt que Sergio et Khaled doivent se rencontrer.
C'est en regardant jouer son père que Khaled a commencé à jouer du Oud, vers l'âge de 10 ans, avant d'étudier en compagnie de Faiez Zahredeen. Il rentre ensuite en musicologie au conservatoire de Damas, où il étudie le oud et le chant, avec Asker Ali Akber, Vectov Babenko. Fin des études, début de la carrière de Khaled. Plusieurs enregistrements solo et des concerts avec l'Orchestre Philarmonique de Damas. Il collabore par ailleurs avec plusieurs artistes dont Mamir Basheer et Nasir Shama, devient enseignant au conservatoire dont il est issu, donne des concerts en Syrie et au Liban.
Avril 2002. Noir Désir entame une série de concerts qui les emmènera de la Syrie au Yemen en passant par Beyrouth et Istambul. La veille d’un concert à Damas, Sergio rencontre et écoute jouer Khaled pour la première fois, lors d'une soirée chez Sylvain Fourcassié, initiateur de cette tournée moyen orientale. Khaled assiste au concert du lendemain. "C'est le premier concert de rock que j'ai vu. J'ai beaucoup aimé, notamment les variations que les instruments électriques peuvent amener dans l'intensité de la musique. J'ai aussi été très surpris par la façon dont la guitare était présente. La connaissance de la guitare que j'avais était celle des groupes américains ou anglais dont on peut trouver les disques en Syrie. Dans ce genre de musique, la guitare est jouée en rythmique, soit en solo, mais de façon très ornementale. Dans la musique de Noir Désir, la guitare de Sergio a une toute autre dimension. Elle développe vraiment un langage, qu'elle soit seule ou pas. Elle a une énergie très particulière, et y compris dans les parties solo. Elle a en elle-même une très grande intensité."
Le projet prend forme, au lointain.
Septembre 2003. Sergio retourne à Damas jouer "Contre", fruit d’une collaboration de Sergio et Lydie Salvayre. Une mise en musique et en paroles du texte de Lydie.
Le projet avec Khaled se précise, et la rencontre musicale a lieu. Sergio a prévu de rester une semaine à Damas. "J'étais chez Sylvain Fourcassié. Nous répétions dans une salle dédiée à la musique, un endroit magique. Nous nous retrouvions le soir de 21 h à minuit pour jouer tous les deux. Notre rencontre s'est faite simplement de façon spontanée. Chacun avec son univers, mais chacun avec ses ponts et son envie de communiquer. C’était là un point essentiel."
Dialogue entre deux rives…
Pour Khaled, c'est la première rencontre musicale avec un musicien, guitariste, qui vient du rock, du rock occidental.
(Khaled) "Notre rencontre m'a amené dans des univers tout à fait nouveaux, avec les côtés à la fois rythmiques de la guitare de Sergio, et le côté solo où la façon de jouer est plus proche de la mienne. Nous nous sommes tout de suite trouvés dans les mêmes mood. C'est vraiment un dialogue entre les deux instruments, et entre les deux mondes. Les deux instruments se répondent, se complètent, tout en laissant la part à nos univers respectifs. Nous partons dans des formes de dialogue, mais nous avons aussi nos moments " d'interzone", où chacun explore de son côté, dans un va et vient entre nos univers qui de fait s'agrandissent de leur confrontation et de leur rencontre. Mais à la base, nous étions vraiment dans la même énergie."
(Sergio) "L’un après l’autre on propose un thème instrumental de départ que l’on fait évoluer ensemble pour qu’il en devienne un nouveau morceau. Plus largement nous sommes dans une sorte de mise en valeur mutuelle de l'instrument de l'autre."
(Khaled) "Pour ce qui est de la voix, elle est, comme souvent dans la musique orientale, très instrumentale. Elle varie sur différents modes : oriental, grecque. Ce n'est pas une voix lead, mais sa présence est malgré tout indispensable. Pour moi elle est indissociable du oud. Elle n'est pas dans les mêmes gammes, mais elle l'accompagne toujours. Je peux difficilement concevoir de jouer du oud sans chanter."
2004. Interzone arrive en France. Le duo présente pour la première fois son travail à Mains d'Oeuvre, à St Ouen. L'équipe de Barclay, qui assiste au concert est conquise. Le projet d'un album germe alors concrètement. Un deuxième concert a lieu en juillet l'occasion du Festival Radio France de Montpellier, sur l'invitation de Bernard Comment (qui avait l'année précédente invité Noir Désir concert pour lequel fut créé Nous n'avons fait que fuir"). Il sera l'occasion de monter "Wings" morceau manquant alors au répertoire, et de pratiquer les morceaux avant de rentrer en studio en septembre 2004.
Septembre 2004… l'album. Pour Khaled, c'est encore une nouvelle expérience très différente des sessions d'enregistrement qu'il a effectué pour ses solos, ou à l'occasion des enregistrements avec l'Orchestre Philharmonique de Damas. "Le travail de studio tel que nous l'avons effectué pour l'enregistrement de l'album a été une autre découverte pour moi. J'avais l'habitude de travailler beaucoup plus l'instrument, alors que nous nous sommes vraiment concentrés sur les ambiances. Nous avons fait assez peu de prises, et nous nous sommes vraiment attachés à la chaleur des morceaux, aux sonorités."
(Sergio)"Nous voulions que le disque témoigne de la richesse et de l'évidence de notre rencontre. Les morceaux étaient construits, mais nous tenions à leur laisser une part de d'improvisation, pour préserver la fraîcheur de notre rencontre. Quelque chose de chaleureux, où la dualité préservée de nos univers donne naissance à notre langage commun. Interzone. Nous avons enregistré les raisonnances croisées de nos deux instruments de façon précise en utilisant notamment des micros couplés en stéréo placés judicieusement dans la pièce, ainsi que des micros de proximité. Chaque source repassant par des préamplis à lampes. Le oud et la voix de Khaled n’étant pas sonorisés, nous avons travaillé comme en répétition pour la création de nos morceaux : avec un volume très bas. Nous avions une approche non linéaire de notre son, car nous voulions les restituer dans 3 espaces : profondeur, hauteur et largeur. "
Enregistré et mixé en 13 jours par l'oreille experte de Philippe Cabon, assisté de Stéphane Foulon, dans le studio de Denis Barthe, aux bons soins de Patrick Le Nan et d'Helmut qui on rendu les pauses repas de petits moments de délice… "Interzone" est né dans tranquillement sous le soleil des Landes.